XXI

Quelqu’un s’approche de son lit. C’est un Chinois. Le Cambodgien sourit. Un vieux relent raciste. Jamais, il n’a vu un Chinois aussi maigre ! Son visiteur prend cela pour une marque de politesse et lui renvoie son salut.

– Mith Rithy, il vous faut des antibiotiques pour soigner votre plaie.

Le garçon hausse les épaules. Où trouver tout cela même s’il avait l’argent ?

– Mith Sy en a.

– Mon nom est Chang Tao, j’étais bijoutier à Phnom Penh. J’ai bien connu votre père et surtout votre frère Hout. C’étaient de bons clients. Actuellement, ma fille a les pieds en sang. Elle a beau les bander, les pierres déchirent les tissus. Elle a besoin de sandales Hô Chi Minh , sinon, elle ne pourra bientôt ma fille a les pieds en sang. Elle a beau les bander, les pierres déchirent les tissus. Elle a besoin de sandales Hô Chi Minh , sinon, elle ne pourra bientôt plus marcher et sera comme vous, inutile. J’ai réussi à préserver quelques breloques.

Ils se regardent.

Il sort une broche en forme de libellule, en argent ciselé et martelé, avec sur le dos un saphir bleu.

– Offrez-le à mith Sy contre de quoi vous soignez, des savates et un peu de riz pour mon enfant.

– Pourquoi ne pas le faire vous-même ?

– Notre vénéré kamaphibal m’accuserait de vouloir le corrompre. Je serais exécuté sur la place du village, ainsi que ma famille. Non sans avoir été fouetté en public et torturé en privé pour révéler ma cachette.

– Et moi, je ne risque rien ?

– Vous êtes Cambodgien !

Le Chinois n’a pas tort. La société révolutionnaire, tel qu’elle se dessine dans ce village, est très hiérarchisée. Au sommet mith Sy, puis ceux qui l’aident à diriger le camp, ensuite les anciens, après le nouveau peuple. En dessous les Chams qui sont cambodgiens, mais musulmans. Plus bas les étrangers, les Chinois essentiellement, il n’y a plus de Vietnamien. Les ex-citadins ont encore des droits, peuvent parler, les autres ne sont rien. Ainsi donc, il va survivre parce que Chang Tao a une fille.

– Pourquoi moi ?

– Votre frère Hout est un officier de Lon Nol, il est venu me voir pour acheter des bijoux avant de fuir Phnom Penh. Je sais qu’il se bat contre Angkar. Combien de temps espérez-vous vous en sortir s’ils l’apprennent ? Que deviendraient votre belle-sœur et ses enfants ? Même si je suis chinois, il me suffit d’un mot pour vous anéantir. N’essayez pas de me rouler, je vous offre les moyens de survivre.

Avec quelques antibiotiques, la maladie a reculé, la bonne constitution de Rithy a fait le reste. En quelques jours, le voici rétabli et le repos forcé commence à lui peser, il a hâte de contribuer à nouveau à l’effort de reconstruction du pays, il ne veut en aucun cas passer pour un capitaliste qui profite du travail des autres, en mangeant sans produire. Il est donc rassuré quand mith Phân lui dit :

– Sur ordre d’Angkar, deux forces[12] devront aller quelque temps dans un chantier pour bâtir une route pour relier deux communes. Tu en fais partie, Bô[13] est le deuxième. Sois fier. C’est une entreprise indispensable pour que le peuple gagne la bataille de l’autosuffisance. Sois fidèle à Angkar et zélé. Tu participes à une grande œuvre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.