IX

1945 – La reconquête

L’amiral Decoux apprit simultanément la mort de Roosevelt (le 12 avril 1945) et le débarquement (le 1er avril), sur les rivages de la baie de Hagushi, du 3e corps amphibie au nord et du 24e au sud de l’île d’Okinawa. La première nouvelle le laissa de marbre, mais la deuxième lui apporta une immense joie.

– J’avais raison, disait-il à qui voulait bien l’entendre. Ils ont attaqué au Japon, l’Indochine ne les intéresse pas, Mordant n’est qu’un imbécile. Avec toutes ses idées « à la con », excusez le vocabulaire d’un vieux marin, avec tous ses rêves d’invasions, de sacrifices, il a attiré la foudre et nous avons perdu l’Indochine à cause de lui.

Il était enfermé ainsi que de nombreux officiers et leurs familles sous la garde des Japonais. Il les prenait à témoin. Il avait raison ! Malheureusement, les Japonais avaient cru – eux aussi à tort – au débarquement en Cochinchine.

Le roi Sihanouk voyait arriver la fin des combats avec appréhension. Il y avait tant d’inconnues ! La seule certitude était la défaite japonaise. Après cent jours de guérilla désespérée, la 32e armée qui défendait l’île d’Okinawa était anéantie, il y avait plus de 70 000 soldats tués ainsi que 100 000 civils japonais, dix fois plus que d’Américains. Les Russes avaient déclaré la guerre au Japon après la conférence de Potsdam. Désormais, les États indochinois qui avaient proclamé leur indépendance allaient devoir affronter la victoire des Alliés.

Au Viêt Nam, Hô Chi Minh, communiste, avait combattu aux côtés des Anglais et des Américains les Japonais et l’empereur Bao Daï n’avait aucune chance de survivre à la fin du conflit.

La partie au Cambodge semblait jouable ; durant ses six mois d’existence, le gouvernement avait pris soin de ne pas se compromettre. Il restait à persuader les futurs vainqueurs de ne pas revenir sur ce qui avait été accordé par Tokyo. Le problème était Son Ngoc Thanh. Ce nationaliste convaincu, était revenu au Cambodge, la tête rasée, en uniforme, sabre à la ceinture, devenu officier de Sa Majesté Hirohito. Il se pavanait partout avec son costume. Le pire était sa popularité, il avait fallu le nommer ministre des Affaires étrangères. On avait donc un Japonais au Conseil du royaume ! Quelle image pour le Monde libre !

Il y avait une autre difficulté. Dans l’euphorie du 13 mars, Sihanouk avait fait revenir les martyrs de la révolte des ombrelles. Depuis leur retour, le pouvoir monarchique était contesté, on dénonçait par tracts le gouvernement, car il contenait des personnes choisies par les Français. Quelle stupidité ! Si on voulait sauvegarder la souveraineté de la nation, il fallait montrer la force tranquille d’un peuple uni. On n’organise pas un coup d’État à la veille de négociations ardues !

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