XVI

On en est vite arrivé au deuxième point de l’ordre du jour : réformer la Constitution afin de donner plus de pouvoir au roi. Kossamak a aussitôt pris la parole. Cette situation lui pesait, car elle était sensible à la tradition et au souvenir de ce qu’avaient été les souverains du temps d’Angkor.

– À la question « la mission royale pour l’indépendance a-t-elle été accomplie à la satisfaction du peuple ? », les gens ont répondu « Oui » à 99,8 %. Cette approbation unanime de votre action est un appel ! Il est urgent de réformer la Constitution et de le faire AVANT les prochaines élections, tant que l’Assemblée est muette. Elle a été instituée alors que nous étions un état vassal de la France, il faut la changer.

Sihanouk regardait sa mère avec beaucoup d’attention. Il était toujours frappé par la vigueur, la force et la conviction avec lesquelles elle faisait ses propositions. C’était une maîtresse femme et, qui plus est, de bon conseil. Il s’est demandé, alors, quel cadeau original aurait pu lui faire Suramarit qui l’aurait comblée. Il a à peine écouté la réponse de Penn Nouth.

– D’un point de vue légal, il me semble en effet qu’une Constitution, dans laquelle la suzeraineté du Cambodge serait affirmée, est nécessaire, la précédente ayant été faite avant notre autonomie.

Monireth, à son tour, a surenchéri :

– Il n’y aura pas de problème, car il n’y a plus d’Assemblée législative. Elle n’est que consultative actuellement, donc c’est nous qui allons en écrire le contenu. Le roi pourra la présenter et la défendre comme la nôtre, rédigée par le gouvernement d’union nationale qui a apporté l’indépendance en 1953, celle qui a été confirmée à Genève.

Sihanouk s’est de nouveau intéressé au débat. Il savait que le renforcement de ses pouvoirs ne serait guère apprécié par les démocraties occidentales. Or, le pays était exsangue et avait besoin de leur soutien financier. Il avait une idée suscitée par la présence de sa mère et qui pourrait bien leur plaire, de Gaulle l’avait mise en œuvre en France à la Libération.

– Nous pourrions accorder aux femmes le droit de voter et d’être candidates. Cela ne se trouve pas dans la Constitution actuelle et montre bien qu’elle est caduque. Elles n’ont pas fait défaut lors du combat pour notre souveraineté. Je pense qu’elles ont amplement conquis ces droits.

Applaudissements. D’autres changements étaient proposés, débattus, en général acceptés.

On chercha en vain où était le lézard. Comment l’opposition si faible pouvait-elle empêcher ces modifications ? Comment un peuple qui avait une confiance totale en son roi (98,8 %) pouvait-il se dresser contre lui et vouloir réduire son pouvoir ? Et chacun de rêver à un Cambodge enfin débarrassé de la dictature de la démocratie.

Les débats se finissant, Sihanouk a à nouveau regardé sa mère, mendiant presque des yeux une solution à son problème. Soudain, le déclic ! Il avait la réponse à son énigme. Parfois pour résoudre une difficulté, il faut s’en détacher. Il a souri. Ce conseil avait été très efficace, des décisions majeures avaient été prises, non pas deux, mais trois !

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