XII

L’exécution de De Raymond fut un électrochoc. Une paix relative s’était installée en Indochine. Le roi Jean, après avoir éloigné le péril du delta du fleuve Rouge, s’était retranché derrière des défenses. Ces dernières appelées la ligne De Lattre, contrairement à celle de Maginot, étaient particulièrement redoutables, car placées en plaine, elles obligeaient les divisions vietminhs à avancer sous la menace des avions. Le napalm se révélait mortellement efficace et Giap eut besoin de temps pour se refaire humainement (les pertes avaient été importantes), matériellement et moralement. Les Français profitèrent de ce répit pour bâtir une véritable armée vietnamienne. L’annonce de l’attentat remit en cause cet équilibre, les critiques montèrent contre l’inertie du corps expéditionnaire. Paris exigea de nouveaux succès pour croire en la victoire et poursuivre son effort militaire. On souhaitait, en haut lieu, la reconquête du nord du Tonkin ou, au moins, quelques gains dans ce secteur.

De Lattre obtempéra. Il était las de ce conflit dont il ne voyait plus l’issue, las de ces Indochinois qui laissaient ses hommes se battre à leur place, las d’une métropole qui ne voulait pas comprendre la situation, las, enfin, d’une vie dont son fils était désormais exclu.

Pour qui était-il venu en Indochine ?

L’opération fut lancée dans la région de Hoà Binh en novembre 1951. Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’initiative était française. La reprise de la ville, à 75 kilomètres à l’ouest d’Hanoï, présentait trois intérêts, la première stratégique, gêner les manœuvres de Giap pour attaquer dans le delta du Tonkin, la deuxième politique, la bourgade était la capitale officieuse des tribus muong, alliées à la France, la troisième symbolique, la zone étant escarpée et boisée, la cité au fond d’une cuvette, un succès montrerait, dans des conditions favorables à l’ennemi, la supériorité des troupes françaises bénéficiant d’un monopole sur l’aviation et l’armement lourd. Après deux mois de combats acharnés, Giap abandonna le terrain aux Français.

De Lattre triomphait.

En réalité, le corps expéditionnaire se retrouva dans la même situation que lors du siège de Cao Bang avec un poste avancé, isolé, relié par une route très endommagée que l’adversaire pouvait facilement couper et qu’il fallait à chaque fois reconquérir au prix fort. Les circonstances avaient pourtant fondamentalement changé, les Français disposaient d’une aviation suffisante pour soutenir la garnison, la ravitailler et déplacer ses troupes. Le Viêt Minh, toutefois, profita de ce qu’une partie des forces de de Lattre étaient coincées en montagne pour faire peser à nouveau des menaces sur les villes, les moyens de communication et le delta de la rivière Noire.

En janvier, de Lattre, à son tour, dut abandonner la lutte. Cancer.

Son successeur, le général Salan, organisa le retrait des troupes françaises vers le delta du Tonkin. Contrairement à Cao Bang, l’opération fut une réussite. Mais était-ce une victoire ?

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