XIX

D’abord liquider tous les Cambodgiens susceptibles de leur prêter main-forte, c’est-à-dire les Khmers rouges, mais aussi tous ces paysans qui se vendaient pour une poignée de riels. Pour cela, il devait agir immédiatement tant que le Viêt Minh se sentait tenu par son engagement. Il savait qu’Hanoï ne ferait rien pour les sauver, le port de Sihanoukville étant essentiel pour son combat.

Ensuite, se rapprocher des Américains pour détruire les implantations du FNL !

Sihanouk s’est levé et il a commencé un long discours dans lequel il a pris à contre-pied une partie de ses fidèles en accusant clairement les communistes d’être à l’origine des événements de Samlaut.

– Ici, même à Phnom Penh, des traîtres appuient cette rébellion manipulée par le Viêt Cong. Mais vous connaissez leurs noms : Khieu Samphân, Hou Yuon et Hu Nim. Face à une telle perfidie, un soutien si total à une agression étrangère contre notre pays, beaucoup demandent l’exécution des coupables. Pour ma part, je préfère la légalité : qu’ils soient déférés devant une cour martiale ! En tant que chef de l’État, si le verdict était la peine capitale, je ne m’opposerais en rien aux décisions de ce tribunal.

Il a ajouté :

– Yuon ? Yuon ? Est-ce vraiment un nom cambodgien, n’est-ce pas plutôt vietnamien[1] ?

Rire dans l’assemblée. Malgré cela, les trois malheureux ont choisi de ne pas bouger, de faire le mort (sic). Ils ont pris cette décision à la sortie du Congrès, ils avaient l’habitude des colères de Sihanouk. Khieu Samphân essayait de rassurer ses deux compères.

– Dans son discours, il y a tant de si qu’il ne nous a, en réalité, pas menacés. Et puis, vous savez comment il est ! Demain, il nous nommera ministres.

Deux jours après, Hou Yuon et lui disparaissaient. Des manifestations spontanées, très importantes, réclamant la vérité sur ces assassinats ont eu lieu dans les grandes villes du pays.

Une jeep, trois soldats pour chaque député. Les deux groupes ne s’étaient pas concertés. L’un avait péri dans une ferme, l’autre dans le mont Bokor. Ils avaient dû creuser leur tombe eux-mêmes. Khieu Samphân a été abattu avec une arme à feu, puis on avait versé de l’acide sulfurique sur sa carcasse avant de la recouvrir ; Hou Yuon a été enterré vivant jusqu’au cou et avec un compacteur ou un bulldozer, on avait écrasé ce qui dépassait. Si une personne retrouvait une dépouille, on ne pourrait identifier la victime.

– Ils ont agi sans ordre. Tu sais, mes hommes risquaient tous les jours leur vie pour éliminer cette racaille. Plus le temps passait, plus ces salauds devenaient coriaces, refusant souvent de se rendre. Pendant ce temps-là, à Phnom Penh, on manifestait contre mes gars. Alors quand Sihanouk a dit qu’ils étaient passibles d’un tribunal militaire, certains ont pensé que la culpabilité était si évidente que le tribunal n’était pas nécessaire.

Le colonel Sosthène Fernandez, un homme de petite taille même pour un Cambodgien, insistait. C’était une réaction de quelques têtes brûlées, mais comment leur en vouloir ? Lon Nol a acquiescé. Il n’a demandé ni le nom des assassins ni la démission de son officier. Il avait beaucoup d’amitiés pour celui-ci, il était sorti du rang et ne devait son grade qu’à son courage et à son intelligence. De toute façon, c’était à lui d’endosser la responsabilité, de se retirer. Il avait aussi besoin que Sihanouk reprenne la main, découvre l’ampleur des problèmes et le rappelle.

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