XX

Le deuxième point à l’ordre du jour était « Réformer les institutions ». Nul ne sait qui, le premier, a prononcé le mot, tous se souviennent que Lon Nol a demandé alors à son ami Sirik Matak s’il approuvait cette notion et celui-ci, bien que prince de sang pouvant prétendre à la Couronne, a répondu qu’il était fier de participer à cette naissance. Chacun a souri. « République » donnait à leur coup d’État l’éclat de l’avenir.

Sihanouk avait fait de l’Éducation une des priorités de sa politique, mais les programmes étaient en grande partie calqués sur ceux de la France et les Khmers en connaissaient plus sur 1789 que sur les rois d’Angkor. Ainsi la monarchie investissait sans compter pour former des citoyens ne rêvant que de la Révolution française. Quand lycéens, étudiants, enseignants, fonctionnaires, ingénieurs, banquiers, intellectuels de tout ordre ont appris qu’on avait destitué Sihanouk non pour mettre à la place un autre souverain, un Sirik Matak, par exemple, mais pour fonder une République, le regard que chacun portait sur le 18 mars a changé du tout au tout.

Le lendemain, le mot était sur toutes les lèvres. Les journaux reparaissaient et la liberté de la presse était garantie. Les députés se réunissaient régulièrement, il y avait tant de lois à réécrire. L’Assemblée législative était devenue constituante comme en 1789.

Comme lors de la Grande Révolution, le Roi a demandé à des troupes étrangères de mater son peuple. Le 23 mars, depuis Pékin, Sihanouk lançait un appel et invitait tous les Cambodgiens à rejoindre le Front uni national du Kampuchéa, le FUNK, il sollicitait aussi le soutien de pays « amis » et Pham Van Dong, pour le Nord-Vietnam, annonçait sa participation. Peu après, Hou Yuon, Hu Nim et Khieu Samphân, au nom des Khmers rouges ralliaient à leur tour le mouvement. La nouvelle de trois morts à la tête de l’organisation faisait rire la capitale cambodgienne. Après avoir, suite à l’arrivée au pouvoir de la droite, créé un cabinet fantôme[2], Sihanouk disposait désormais d’un cabinet de fantômes.

Mais revenons trois ou quatre jours en arrière. Zhou Enlai avait convié Sihanouk pour une réunion de travail, il voulait l’entendre réaffirmer qu’il était prêt à se battre.

– Réfléchissez bien, mon ami, nous allons vous donner les moyens de lutter contre la junte qui s’est installée à Phnom Penh. Parmi ces moyens, il y a une alliance nécessaire avec les Khmers rouges. Il serait absurde d’avoir deux maquis qui au mieux ne se parleraient pas, au pire se détruiraient mutuellement.

– Il va sans dire qu’ils seront les bienvenus dans ce combat contre le putsch américain s’ils répondent à mon appel. Ils auront leur place, ni plus ni moins comme pour le Front national de libération (FNL).

La référence au FNL a fait sourire Zhou Enlai. Sihanouk était au courant des rapports de force dans cette organisation, c’était donc une façon d’affirmer « je ne suis pas dupe » en donnant son accord.

– Ils n’en demandent pas plus. D’ailleurs, je vais vous présenter à leurs dirigeants, ainsi vous pourrez en discuter avec eux.

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