XIX

– Voyez-vous, mère, la droite a tout gangrené et Sirik Matak nous conduira à la guerre. Je suis chef d’État à vie, je peux m’adresser à la nation à tout moment, même si ma voix est de moins en moins audible, mais que lui dire ?

Sihanouk était perdu et, comme un enfant désorienté, il s’était tourné vers Kossamak. Elle avait toujours été de bon conseil. Cette simple démarche montrait à la Reine la gravité de la situation et le désarroi de son fils. Elle lui avait vu faire tant d’erreurs.

Pour quelles raisons en 1966 avait-il décidé qu’il y aurait plusieurs candidats pour un même poste ? C’était nier l’essence du Sangkum, c’était recréer une concurrence, une droite, une gauche, des partis politiques. La chambre n’avait pas d’importance, devait-il penser, et il a eu un gouvernement unicolore, responsable des émeutes de Samlaut.

Pourquoi demander en août au congrès de désigner le Président du conseil ? C’était abandonner une de ses prérogatives de chef de l’État, un peu de sa raison d’être donc.

En deux, trois ans, il avait tout perdu.

L’explication en était simple. Sihanouk avait réussi à vaincre tous ses ennemis, mais aussi ses amis. Plus personne n’était là pour le conseiller sincèrement, honnêtement comme le ferait un parent, un proche, sans avoir peur de le heurter. À Changkar Mom, il n’y avait que des béni-oui-oui.

Il restait cependant un espoir : Lon Nol. Elle revit ce dernier, affable, pieux, serviable, doux, un vrai Cambodgien, tout le contraire de ces princes orgueilleux, méprisant le peuple tel Sirik Matak. Son fils était surtout épuisé par le combat qu’il menait depuis un an. Elle lui a dit avec tendresse :

– Vous êtes malade. Régulièrement, à cette date, vous allez suivre une cure en France. Faites-le le plus vite possible, nous rediscuterons de tout ceci à tête reposée, il n’y a pas urgence. Sirik Matak est vindicatif, mais le président du Conseil, c’est Lon Nol. C’est avec lui qu’il faut négocier désormais.

Comme Sihanouk ne semblait pas comprendre, elle a ajouté :

– Lon Nol est en France.

Elle a embrassé son enfant, souhaitant, sans le lui dire, qu’il revienne la voir plus souvent. S’ils s’étaient parfois affrontés, ils s’étaient toujours aimés.

Il a quitté Phnom Penh avec Monique dans les premiers jours de janvier, sans l’annoncer au gouvernement. La nouvelle s’est cependant ébruitée et il y avait une foule nombreuse ce 6 janvier vers 22 heures à l’aéroport de Pochentong. Surpris et ravi, il a expliqué qu’il devait se rendre dans le sud de la France pour se faire soigner. Monique à ses côtés approuvait en souriant.

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