Happy end et après…

L’orateur se tut un instant pour que l’on entende les secondes s’égrenaient avant de reprendre.

– La Chine insiste auprès de son allié. Elle veut que ce soit fini. Nous, nous restons fermes. Et c’est le Viêt Minh qui capitule : nous avons gagné ! Les membres des différentes ambassades se congratulent. C’est alors que Sam Sary soulève une ultime difficulté : la neutralisation du Cambodge[2].

Les visages se tournèrent vers le nouveau héros. Sous son air affable, on sentait un homme volontaire, compétent. Pour l’instant, il jouait le modeste, mais il avait réussi à affirmer que le Cambodge était une nation réellement indépendante. Un peu gêné d’être au centre de l’attention, il donna quelques brèves explications.

– La difficulté, c’est que notre pays souhaite, par-dessus tout, être neutre. Que les grandes puissances nous laissent en paix, qu’elles n’interviennent plus militairement chez nous ! En réalité, en acquiesçant à cette clause, nous aurions perdu notre libre arbitre. Pire, nous aurions été à la merci de monsieur Hô Chi Minh qui se trouverait comme un loup enfermé avec trois petits cochons dans une même pièce, Russe et Américains étant priés de rester en dehors de la maison. Ne faire partie d’aucune alliance, ce doit être un choix. Se regrouper éventuellement avec d’autres est une prérogative des nations libres. Or, à cette conférence, nous y participions en tant qu’État souverain, contrairement au Laos et au Viêt Nam qui pouvaient, dans un premier temps, accepter cette entorse à leur indépendance.

Coup d’œil de Sam Sary sur Sihanouk. Le roi était aux anges. C’était sa croisade qui était validée, qui devenait une étape essentielle dans le résultat de Genève. Sourires complices entre les deux hommes.

Considérant que son camarade avait largement eu l’occasion de s’exprimer, Tep Phan reprit la parole. Après tout, c’était lui le responsable de la diplomatie !

– Le débat est relancé. Minuit passe sans que l’on cède. On arrête les horloges pour permettre aux discussions d’aller à leurs termes. Les Américains, qui, soudain, se sont rendu compte que cette neutralisation nous laissait militairement seuls face au Viêt Minh, nous ont soutenus, les Britanniques et les Français ont suivi. Pham van Dong a fait la grimace, mais il ne pouvait nous obliger à renoncer à ce que nous avions déjà acquis. Enfin, l’accord est signé, nous sommes toujours à Genève le 20 juillet 1954 et Mendès France est toujours président du Conseil. Un Américain nous fait remarquer que, comme Josuha, en son temps, notre délégation avait arrêté la marche du soleil. Je ne sais pas qui était ce Josuha, mais ce devait un sacré nationaliste !

La salle, muette sur la fin du discours, laissa éclater sa joie et couvrit Tep Phan d’applaudissements. La fête redémarra et se poursuivit tard dans la nuit.

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